Organisation du travail : Merci qui ?
Ils le connaissaient de loin, sans l’avoir beaucoup pratiqué. Jusqu’à la crise sanitaire qui a conduit à un premier confinement au printemps 2020, suivi d’un second à l’automne, les salariés français ne s’étaient que peu approprié le télétravail. Cette pratique, qui consiste à remplir pendant au moins une demi-journée ses missions professionnelles en dehors des locaux de son employeur tout en ayant accès aux systèmes informatiques de celui-ci grâce à la portabilité des TIC, est longtemps restée marginale en France, comme dans d’autres pays. L’enquête nationale transport et déplacements 2008 faisait ainsi ressortir que seuls 6,8% des actifs français étaient des télétravailleurs réguliers ou occasionnels. Seuls les habitants de Paris intra-muros faisaient en partie exception puisque 18% d’entre eux pratiquaient le télétravail. L’Insee, de son côté, estimait en 2009 que seules 22% des entreprises comptaient au moins un télétravailleur dans leur effectif. A l’époque pourtant, les équipements requis pour le télétravail étaient déjà largement répandus : un ordinateur (fixe ou portable), une connexion internet et un téléphone (portable le plus souvent). Les raisons de ce blocage étaient à chercher ailleurs, dans la réticence ou le manque d’appétence des entreprises comme des salariés. Une écrasante majorité de ces derniers posaient simplement le postulat que le télétravail ne leur était pas accessible, leur métier ne le permettant pas. Circulez, il n’y a rien à voir…
Depuis ces enquêtes, qui remontent à plus d’une dizaine d’années, le télétravail s’est certes démocratisé. La pratique est toutefois restée limitée, tant en nombre de salariés bénéficiaires qu’en temps de travail. Si beaucoup d’entreprises y avaient recours avant 2020, c’était avec parcimonie et beaucoup de prudence, le limitant souvent aux cadres supérieurs. Notre panel, pourtant très urbain et fortement marqué par les fonctions intermédiaires et supérieures, est à ce titre parfaitement illustratif puisque 45% seulement des salariés pratiquaient le télétravail avant le confinement. Et lorsqu’ils le pratiquaient, le télétravail restait marginal dans leur mode d’organisation : il n’était pratiqué qu’occasionnellement (35%) ou dans la limite d’une journée hebdomadaire (45%).
Une telle situation n’était d’ailleurs pas une source particulière de frustration puisque, si une majorité de salariés aurait souhaité pouvoir pratiquer le télétravail, 45% n’avaient pas ce désir avant les épisodes de confinement.