Mais la dégradation des anticipations de croissance est avant tout imputable à l’Europe. La zone euro ne progresserait ainsi que de 1,6 % en 2019 (trois dixièmes de point en moins) et de 1,7 % en 2020. La détérioration de la situation allemande (six dixièmes de point en moins pour une croissance attendue de 1,3 % en 2019 puis de1,6 % en 2020) et italienne (quatre dixièmes en moins, pour une croissance de 0,6 % et de 0,9 % l’année prochaine) explique cette révision à la baisse des perspectives de la zone euro pour le FMI.
Dans cet environnement, la France apparaît relativement épargnée. Le FMI anticipe le maintien du rythme de croissance observé en 2018, avec une progression de 1,5 % en 2019 pour l’hexagone (soit une révision à la baisse de seulement un dixième de point) puis de1,6% en 2020.
Le mouvement des Gilets jaunes a certes eu un impact négatif, mais d’une ampleur moindre qu’on a pu le craindre. Au quatrième trimestre 2018, l’économie française a crû de 0,3 %, soit autant qu’au cours des trois mois précédents. Le chômage est resté inscrit sur sa pente baissière. Au terme de l’année 2018, le taux de chômage en France était de 8,8 % : s’il est nettement plus élevé que la moyenne européenne, ce niveau constitue un point bas pour la France depuis 2009. Le moral des ménages, après avoir lourdement chuté à partir de novembre 2018, a regagné 5 points en janvier. Dans le même temps, et dans une évolution presque parallèle, le climat des affaires, mesuré au travers de l’indice PMI, s’est révélé meilleur que les prévisions réalisées pour le début 2019.
Enfin, les investisseurs étrangers continuent d’observer avec intérêt les opportunités offertes par le marché français. La Chambre de commerce franco-américaine l’assure par exemple, en conclusion de son baromètre annuel réalisé auprès d’entreprises américaines : « Pour les Américains, la France est devenue attractive comme elle ne l’ajamais été ». Relativement épargnée dans cet environnement international plus troublé et plus sombre qu’il y a quelques mois, la France devrait continuer de bénéficier des avantages d’une politique monétaire souple et de conditions de financement avantageuses. Contrairement à ce qui était craint jusqu’à il y a peu, plus personne n’envisage de resserrement monétaire d’envergure aux Etats-Unis ou dans la zone euro en 2019. Jérôme Powell, président de la Fed, a promis qu’il serait « patient ». Son homologue de la BCE est à l’unisson. Mario Draghi terminera ainsi probablement son mandat sans avoir procédé à une seule hausse de taux. Le maintien de ce « bazooka » monétaire devrait s’avérer positif pour l’activité économique en 2019.
À ce contexte monétaire plus favorable que prévu pourraient s’ajouter plusieurs mesures au profit de la consommation des ménages. En France, les dispositions annoncées le 10 décembre pour répondre au mouvement des Gilets jaunes se concrétiseraient par un gain de pouvoir d’achat significatif. L’IPP l’évalue à 0,8 % en moyenne, l’OFCE le quantifie à 440 € par foyer et considère qu’il pourrait créer un surplus de croissance de 0,3 %. Ce mouvement « pro pouvoir d’achat » n’est pasune spécificité franco-française : l’Espagne,en dépit du rejet de son budget 2019 aux Cortes, a acté une hausse spectaculaire du salaire minimum ; les partenaires sociaux allemands se sont mis d’accord sur plusieurs revalorisations salariales prenant effet en 2018 et 2019 ; les revendications sont fortes en Belgique et en Italie. Outre-Atlantique aussi, le rythme d’augmentation des salaires a tendance à s’accélérer depuis l’été 2018.
Hormis les craintes de guerre commerciale transpacifique et celles autour du Brexit, les moyens de compenser le ralentissement observé en 2018 existent donc. L’invitation du FMI lors de la présentation de ses dernières prévisions était d’ailleurs claire : la priorité internationale devrait aller à la résolution coopérative et rapide des désaccords, plutôt que d’augmenter toujours plus les incertitudes et les barrières néfastes. Les prochains mois diront si les équipes de Christine Lagarde ont prêché dans le désert.